lundi 17 juillet 2017

"Quand la conscience s'éveille" - Anthony de Mello

Anthony de Mello était un prêtre jésuite indien qui a également étudié la psychologie aux Etats-Unis. Il a fondé en 1972 l'Institut Sadhana, qui dispense une formation spirituelle et pastorale. Mais il se démarque de ses confrères en cela qu'il prône plus de liberté et d'ouverture, qu'il exhorte à se libérer d'une doctrine religieuse trop rigide et "sclérosée". Son originalité se retrouve beaucoup dans la transcription de ses paroles de sagesse, qui sont empreintes d'un langage oral plutôt qu'écrit, vivant, ferme, radical. Son engouement et sa lutte contre l'emprisonnement du "sommeil collectif" pour éveiller les consciences sont forts et tentent de bousculer l'auditoire (ou le lectorat) afin qu'il sorte de sa léthargie et de son endoctrinement, de son conditionnement. 
Qui vit en vous ? Comprendre que quelqu'un vit en nous est passablement horrible. Vous vous croyez libre, mais il n'y a pas un geste, pas une pensée, pas une émotion, pas une attitude, pas une croyance qui ne vous viennent de quelqu'un d'autre. N'est-ce pas horrible ? Et vous ne le savez même pas. Une vie machinale vous a été imposée. Vous avez de solides convictions et vous pensez que ces convictions vous appartiennent en propre, mais est-ce bien vrai ? Vous allez avoir besoin d'un surcroît important de conscience pour comprendre que cette chose que vous appelez « Je » n'est peut-être qu'un conglomérat de vos expériences passées, de votre conditionnement et de votre programmation.
Le livre est découpé en beaucoup de petites parties sur des thèmes particuliers, dont certains se répètent parfois, pour moi appuyer sur un point précis, pour enfoncer les portes résolument fermées et marteler comme un mantra une bonne fois pour toutes. Il est certain que l'auteur a roulé sa bosse et qu'il peut faire office d'autorité spirituelle et psychologique, ses enseignements sont simples, efficaces, uniquement fondés sur le bon sens et voués à stopper l'auto-apitoiement général, tout en donnant les clés de solutions pratiques - simples d'apparence, mais encore une fois pas toujours facile à appliquer tant qu'on se repose sur des excuses et des conditionnements.
Parlons par exemple de l'illusion, de l'erreur de jugement qui consiste à croire qu'en changeant le monde extérieur vous changerez. Vous ne changerez pas si vous vous contentez de changer votre monde extérieur ; vous ne changerez pas en changeant de métier, de conjoint, de maison, de gourou ou de religion. Croire cela équivaut à croire que l'on change d'écriture en changeant de crayon. Ou que l'on modifie sa capacité de réfléchir en changeant de chapeau. Ces choses-là ne changent rien à ce que vous êtes. 
Bien que fondé sur la psychologie humaine de base, le livre est moins un manuel de développement personnel qu'un recueil de paroles spirituelles, basées principalement sur la religion chrétienne ou bouddhique, mais aussi sur les principes zen japonais, entre autres. Anthony de Mello n'est pas tendre, mais c'est pour mieux réveiller l'amour inconditionnel. Il n'est pas un chantre de la pensée positive, mais il démontre point par point que ce sont plus nos pensées qui conditionnent notre monde intérieur et extérieur que l'inverse. Il invite à se recentrer sur soi, à faire le point, à se comprendre, à se défaire, défragmenter, reconstruire, réapprendre, il invite à se défaire de toute opinion pour enfin atteindre la vérité.
N'écoutez jamais les gens qui vous disent : « Oubliez-vous ! Aimez les autres. » Ne les écoutez pas. Ils ont tort. La pire des choses est de s'oublier soi-même lorsque l'on va vers les autres pour les aider. 
Ponctué de petites fables à morale pour illustrer les propos - petites histoires qui fonctionnent très bien d'ailleurs, avec beaucoup d'humour - le livre se lit d'une traite, ou en choisissant le sujet qui intéresse le plus. Je dirai même qu'il se relit, qu'il s'assimile. Et s'il est compréhensible à la fois pour les plus jeunes et pour les plus vieux, il semblerait qu'il soit donc non seulement efficace mais profondément vrai.

Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10

par Mrs.Krobb

Quand la conscience s'éveille de Anthony de Mello
Essai américain (traduit par Paule Pierre)
Espaces libres (Albin Michel), novembre 2002
7,80 euros

lundi 10 juillet 2017

"La Divine Matrice" - Gregg Braden

Derrière ce titre qui peut sous-tendre une dimension religieuse, il y a surtout les 90% de l'espace, ce vide sidéral qui nous entoure et qui prend place entre chaque chose. Matière noire, éther, champ d'énergie, matrice, toile, hologramme... Mais qu'est-ce donc ? A travers les recherches scientifiques, les théories physiques, les expérimentations en laboratoire, la mythologie, les traditions spirituelles et l'énergie psychique, Gregg Braden tente de couvrir ce champ en le définissant au mieux. Pas évident, puisqu'il s'agit de tout ce que nous ne voyons pas, ne pouvons pas voir. Difficile dès lors de prôner l'existence de quelque chose - ou même de réfuter cette présence.

« Toute matière provient d'une force et n'existe que par celle-ci [...].
Nous devons présumer l'existence, sous cette force, d'un Esprit conscient et intelligent.
Cet Esprit est la matrice de tout matière. »
Max Planck, 1944

Partons donc du principe que la divine matrice est ce qui nous unit, qui interconnecte toute chose et permet à deux particules séparées de milliers de kilomètres de réagir toujours comme si elles étaient ensemble, reliées. Partons donc du principe que, comme Jeremy Narby le démontrait dans son livre Le Serpent cosmique, nous pouvons reconstruire la totalité d'un individu à partir d'un ongle ou d'un cheveux ou d'une cellule grâce à son ADN, les parties de cette individu qui sont séparées de lui continuent de réagir à ce qui l'affecte. Partons également du principe que le temps et l'espace sont relatifs et que notre relation à ces dimensions est bien plus vertigineuse que ce qu'on a pu le penser jusqu'ici. Partons du principe qu'il faut au moins un observateur pour constater que le monde existe.

Voici donc, en gros, ce que représente le vide qui nous entoure.

Mais l'auteur ne s'arrête pas ici, et entre dans une dimension plus spirituelle et plus fondée sur la conscience en fournissant en dernière partie de son livres quelques clés pour comprendre comment fonctionne ce champ d'énergie, comment l'influencer et comment faire en sorte de se relier plus profondément au reste du monde. Il explique, entre autres, qu'il suffirait d'1% d'une population donnée pour influencer le reste (d'où la recrudescence de la violence après une méditation de masse). Suivent donc quelques étapes et solutions de développement personnel afin de se défaire des limites mentales et des barrières qui empêchent de sentir la plénitude promise.

Un livre qui oscille donc entre démonstrations scientifiques, questionnements physiques, théories et pratique, sagesse philosophique et psychique et révisions sur la divinité.

par Mrs.Krobb

La Divine Matrice de Gregg Braden
Essai américain (traduction par Louis Royer)
J'ai lu, mars 2017
7,20 euros

lundi 3 juillet 2017

"L'arbre du pays Toraja" - Philippe Claudel

Sur l'île de Sulawesi vivent les Toraja. L'existence de ce peuple est obsessionnellement rythmée par la mort. Lorsque l'un deux vient à mourir, l'organisation de ses funérailles occupe des semaines, des mois, parfois des années. Il convient de faire venir à la cérémonie tous les membres de la famille du défunt. Cela peut représenter des milliers de personnes dispersées sur l'ensemble de l'archipel indonésien, voire au-delà. Les faire voyager, les héberger, les nourrir incombe à ses proches. Il n'est pas rare que ceux-ci s'endettent durablement afin de pouvoir respecter la tradition.
 Le livre s'ouvre sur cette culture de la mort, sur ces arbres que l'on creuse pour y envelopper l'enfant mort afin qu'en se développant, l'arbre amène l'âme de l'enfant au ciel. Un chapitre très beau, dont j'imaginais qu'il serait le pilier du roman, mais qui n'est finalement que la clé qui ouvre la serrure d'une réflexion sur la mort récente de l'ami et producteur de Philippe Claudel, Eugène.
Sous la douche, j'ai songé à Eugène. A comment j'allais le regarder, l'embrasser. Fallait-il que je me montre soucieux d'emblée ou plutôt rassurant ? Léger ou grave ? Devais-je aborder le sujet de front ou lui laisser l'initiative ? L'eau brûlante coulait sur mes épaules. J'étais là depuis dix minutes, et je ne savais toujours pas comment j'allais procéder avec lui. Je me suis soudain senti ridicule. Qu'avais-je besoin de préparer nos retrouvailles ? Il ne s'agissait pas d'un entretien d'embauche, ni de l'oral d'un examen. Je me renais compte combien ce qu'il m'avait annoncé avait commencé à changer la donne. A quel point le fait qu'il m'ait dit être atteint d'un cancer parvenait à modifier l'appréhension que j'avais de lui, comme si, chargé désormais de cette maladie, il n'était plus tout à fait l'homme que je connaissais, mais devenait une créature en partie étrangère et avec laquelle je ne savais pas encore comment il fallait que je me comporte.
Plutôt intime, très personnel, le roman qui n'en est pas vraiment un tourne autour de cet homme, attrapé par un cancer foudroyant, qui aurait d'abord du s'en sortir et puis non. Puis il y a aussi finalement les autres personnes qui sont parties trop vite, à cause d'un chagrin d'amour, d'une mauvaise santé, d'un mauvais orage, et ces personnes qui sont mortes, de vieillesse, ou en train de. Qu'est-ce que la mort, pourquoi la craint-on tellement, pourquoi la vieillesse fait si peur et tant de mal au corps, comment la maladie se déclenche-t-elle ? Est-ce nous qui l'appelons, est-ce elle qui s'invite ?
Nous ne cessons de nous construire face à l'écoulement du temps, inventant des stratagèmes, des machines, des sentiments, des leurres pour essayer de nous jouer un peu de lui, de le trahir, de le redoubler, de l'étendre ou de l'accélérer, de le suspendre ou de le dissoudre comme un sucre au fond d'une tasse.
Philippe Claudel semble avoir terriblement du mal à accepter de vieillir, au fait qu'il est peut-être à un peu plus de la moitié de sa vie et que sa nouvelle amante lui renvoie une image si pure, intacte, belle, lisse et jeune. Peut-il accepter autant de perfection quand lui-même se voit comme une maison en ruine, comme un arbre déjà fracturé par le temps ? Lui qui a tant aimé les grands frissons, le voici qui doute maintenant.
L'alpinisme est une leçon rugueuse de philosophie. Mais il y a aussi dans le sentiment qui étreint celui qui arrive enfin en haut de la voie qu'il a tracée, et contemple à ses pieds le monde d'où il vient et vers lequel très vite il lui faudra redescendre, une joie qui ne comporte aucune paille, aucun défaut. Il m'a toujours semblé qu'en ces territoires, à proprement parler inhumains, pouvaient s'éprouver au plus haut degré les sentiments humains qui portent et justifient nos vies, débarrassés miraculeusement des grossières souillures dont le monde les charge.
Un fragment de biographie, un bel hommage ponctué de réflexions sur la vie, la mort, l'amour, le passé, les souvenirs, l'héritage... Agréable à lire, même si j'ai eu l'impression d'un manque (cet arbre, je l'aimais déjà, sur cette couverture, et puis il est si vite oublié). Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi personnel, peut-être, je ne m'attendais pas à immiscer dans la vie intime et sexuelle, à me sentir tenir la chandelle entre deux larmes coulées sur la mort d'un ami - au fond, on pourrait dire que c'est aussi un récit sur la crise de la cinquantaine. Je ne connaissais pas Claudel, je me laisserai en tout cas tenter par la promesse de son prochain film, qui s'attarde sur la robotisation et l'intelligence artificielle au service de l'homme. Encore une réflexion sur le prix de la vie, et ce qu'on en fait.

Bonus : les premières pages ici

par Mrs.Krobb 

L'arbre du pays Toraja de Philippe Claudel
Littérature française
Stock, janvier 2016
18 euros

lundi 26 juin 2017

"La Terre est ma demeure" - Thich Nhat Hanh

Nous n'enseignons pas que par la parole.
Nous enseignons par notre façon de vivre.
Ma vie est mon enseignement.
Ma vie est mon message.

J'avais découvert Thich Nhat Hanh avec cette biographie qui m'avait beaucoup touchée, puis avec son enseignement sur l'art de prendre soin de "l'enfant intérieur". Dans La Terre est ma demeure, il retrace sa vie et son parcours de moine bouddhiste engagé, à travers la guerre et l'exil, jusqu'au Village des Pruniers. Vietnamien d'origine, il a assisté à la scission du Vietnam en deux, aux bombardements américains, et a tout mis en oeuvre pour faire valoir un message de paix, un cessez-le-feu, tout cela dans la non-violence, la compression et la bienveillance.
Je prie pour que les nations n'envoient plus leur jeunesse se battre, même au nom de la paix. Je n'accepte pas le concept de "guerre pour la paix" ni de "guerre juste", tout comme je ne peux pas accepter les concepts d'"esclavage juste", de "haine juste" ou de "racisme juste". Au cours des guerres successives au Vietnam, mes amis et moi nous déclarions neutres ; nous n'avions pas d'ennemis et ne prenions pas parti, que ce soit pour le Nord ou le Sud, pour les Français, les Américains ou les Vietnamiens.
A travers des expériences très dures, insupportables, sanglantes et terribles, il nous fait voir ce qu'est la pleine conscience engagée. Si l'on a du bouddhisme une vision qui le sépare souvent du monde réel, pratiqué par des ermites qui méditent dans un temple ou une grotte, on en voit ici une forme engagée, pragmatique, mêlée au monde, authentique, généreuse et humaine.
La pleine conscience doit être engagée. Une fois que nous avons vu qu'une action doit être entreprise, nous devons l'entreprendre. La vision et l'action vont de pair. Sinon à quoi servirait-il de voir ?
On retrouve toute l'expression du zen, de la contemplation, de l'humilité propre au bouddhisme, et plus généralement à la culture asiatique. Chaque chapitre du livre s'ouvre aussi légèrement que possible, et laisse transparaître toute la beauté de la nature, la bonté des âmes éclairées, la transmutation des émotions, la sagesse de la spiritualité. Chaque chose racontée tente de renvoyer le lecteur à lui-même, en esquissant des questionnements sur la pratique de la pleine conscience, de l'amour inconditionnel, de l'empathie, sans jamais être moralisatrice. Le tout parsemé de poésie et d'illustrations oniriques.
Le bras tendu de la cognition
En un éclair
Relie ce qui est à un million d'éons de distance,
Relie la naissance à la mort,
Et le connaisseur à la connaissance.
C'est un excellent livre pour rencontrer l'homme qui a tant apporté au bouddhisme, à la pratique de la méditation, de la pleine conscience, qui a fondé une communauté en France pour accueillir ceux qui souhaitent vivre plus simplement, plus tendrement, dans l'émerveillement quotidien de ce que la nature a à leur offrir. Pour ceux qui se demandent encore si la paix peut être gagnée sans prendre les armes, pour ceux qui ont besoin d'apprendre à garder le contrôle dans la tempête, pour ceux qui ne se sentent jamais chez eux.

Bonus : lire les premières pages ici, et quelques extraits choisis : 1, 2, 3, 4, 5

par Mrs.Krobb

La Terre est ma demeure : autoportrait d'un artisan de paix de Thich Nhat Hanh
Essai anglais (traduction par Stéphanie Chaut)
Belfond, juin 2017
15 euros

lundi 19 juin 2017

"La maîtrise de l'amour" - Don Miguel Ruiz & Janet Mills

L'auteur, entre autres, des Quatre accords toltèques, un des livres cultes du développement personnel posant les bases d'un mieux-être relationnel, revient cette année avec une nouvelle édition de cet ouvrage pour maîtriser l'art des relations, et plus particulièrement l'art de l'amour, le premier art parmi tous, qui nous permet de vivre dans la plénitude.

Partant de la racine de la vie, donc de la naissance et des ancêtres, il postule que l'enfant est, avant tout système éducatif, innocent dans sa façon d'aimer. Il s'aime lui-même profondément, après avoir découvert qu'il existe, et il aime également inconditionnellement ses parents. Il ne juge personne. Mais chacun des êtres humains ayant vécu sur cette Terre ayant connu des malheurs et des blessures émotionnelles, la conscience collective a engendré ce que les toltèques appellent : le Rêve de l'enfer. Pour eux, la planète est une immense asile psychiatrique où chaque homme est psychiquement malade, rongé par le mal et couvert de plaies émotionnelles que l'on gratte en permanence.
Si vous regardez la description de l'enfer telle qu'elle est formulée par n'importe quelle religion, vous verrez qu'elle est identique à notre société humaine, à la façon dont nous rêvons collectivement. L'enfer est un lieu où l'on souffre, où règne la peur, un lieu de guerre, de violence et de jugement dépourvu de justice, un lieu de punition sans fin. On n'y voit que des humains dressés contre d'autres humains, au milieu d'une jungle de prédateurs ; des gens pleins de jugements, de reproches, de culpabilité, de poison émotionnel : l'envie, la colère, la haine, la tristesse, la souffrance. 
La peur est le principal poison émotionnel, dont découlent tous les autres. Elle est comme un parasite qui se nourrit de tout sentiment qu'elle engendre et devient ainsi le juge ultime de tous les actes relationnels, mais aussi de toute perception personnelle. La peur des autres provient la plupart du temps de ce que l'on ne s'aime ni se respecte soi-même, car on a appris à ne pas le faire, à se comparer en permanence avec des modèles, à partir en quête de la perfection ultime. La peur provient du manque de reconnaissance qui est un des "besoins" les plus ancrés, qu'on recherche chez autrui alors même que l'on est souvent incapable de se l'accorder à soi-même. Si l'on n'a pas appliqué l'un des quatre accords toltèques qui est de ne pas faire de suppositions, nous sommes donc prisonniers d'un système de croyance qui est mal géré et sûrement en notre défaveur.
De même que les sociétés et les religions du monde entier ont créé des mythologies incroyables, nous aussi, nous créons les nôtres. Notre mythologie personnelle est peuplée de héros et de méchants, d'anges et de démons, de rois et de roturiers. Ainsi, nous créons toute une population dans notre esprit, avec de multiples personnalités. Puis nous maîtrisons les images de nous que nous utiliserons dans telle ou telle circonstance. Nous devenons experts dans l'art de faire semblant et de projeter nos images et ainsi, nous maîtrisons ce que nous croyons être. Lorsque nous rencontrons quelqu'un, nous le classons immédiatement et nous lui assignons un rôle dans notre vie. Nous créons une image pour chaque personne, selon ce que nous croyons qu'elle est. Et nous faisons cela pour toutes les personnes et toutes les choses qui nous entourent.
Vous avez le pouvoir de créer. Ce pouvoir est si fort que tout ce que vous croyez se réalise. Vous vous créez vous-même tel que vous croyez être. Vous êtes comme vous êtes, parce que c'est ce que vous croyez à propos de vous-même. Toute votre réalité, tout ce que vous croyez est votre propre création.
Le premier pas à faire serait donc de se recentrer sur soi-même et de guetter ses propres réactions, ses croyances, ses blessures, ses mécanismes, et de se donner autant d'amour que l'on en attend d'autrui - voire plus encore. C'est en retrouvant le pouvoir d'aimer, de créer une réalité qui n'est pas basée sur la peur, en sortant des schémas et en se donnant tout le crédit que l'on mérite, que les choses commencent à changer et que l'on peut se défaire des relations toxiques. C'est en se respectant soi-même que l'on construit des relations basées sur le respect. Si l'on a une mauvaise image de soi, c'est cette image qui sera reflétée en permanence.
L'amour ne connaît aucune obligation.
L'amour n'a pas d'attentes.
L'amour se fonde sur le respect.
L'amour est impitoyable ; il n'a pitié de personne, mais il a de la compassion.
L'amour est totalement responsable.
L'amour est toujours bon.
L'amour est inconditionnel.
Dans la voie de l'amour, la justice existe.
Dans la voie de l'amour, vous donnez plus que vous ne prenez.
L'auteur fait une analogie intéressante qui est la suivante : Supposez que vous n'ayez rien à manger chez vous, que vous n'ayez pas les moyens de vous sustenter, et que quelqu'un arrive avec de quoi vous nourrir, mais cherche à en tirer profit et vous soumet à se volonté. Afin d'éviter la famine, vous coopérez. Supposez maintenant que vous ayez dans votre cuisine toute la nourriture nécessaire pour vous alimenter vous-même et même nourrir chacun de ceux qui viennent à vous, tant vous possédez de ressources. Si cette même personne vient et vous propose le même marché, vous le refuseriez. Vous pourriez même lui proposer de le nourrir sans rien en échange, par compassion. Si l'on remplace maintenant la nourriture avec l'amour et le respect, l'analogie montre à quel point les relations peuvent être biaisées si l'on n'arrive pas à se sentir complet et aimé soi-même, sans être dépendant des autres pour nous donner ce sentiment.

Comme pour les Quatre accords toltèques, il s'agit ici de vérités fondamentales et bienveillantes, qui ont l'air si simples que la réalité des choses finisse par devenir incompréhensible. Un manuel pratique et un recueil de paroles qui tombent sous le bon sens à mettre entre les mains de tous ceux qui ont besoin de se sortir des cercles vicieux relationnels. Il permet aussi de se responsabiliser par rapport à ses propres comportements tout en ne se culpabilisant pas pour ce qui n'est pas de notre ressort - soit : faites de votre mieux. J'ai passé un bon moment à lire ce livre car il n'est pas donneur de leçon et qu'il reflète l'amour dont il fait sujet. Enfin, il termine par deux prières qui seront comme des mantras à se répéter pour ne pas oublier de prendre conscience et de commencer par s'aimer soi-même.

Merci à Babelio et aux éditions Jouvence pour cette découverte !

Et aimez-vous les uns les autres (bordel de merde).

par Mrs.Krobb

La maîtrise de l'amour : apprendre l'art des relations de Don Miguel Ruiz et Janet Mills
Essai américain (traduction par Olivier Clerc)
Jouvence, février 2017 (original : 1999)
8,90 euros