dimanche 20 septembre 2015

"Le Pigeon" - de Patrick Süskind

Peu de gens peuvent prétendre avoir une once de sympathie pour cet animal bien connu des gens de la ville, gris et fade à l’image des immeubles décrépis, à l’allure piteuse et ridicule, glougloutant comme une vieille canalisation tout en mendiant pour sa pitance. Il est souvent laid et son regard interroge : Quel est ce vide, cette absence totale d’expression de vie, quelles pensées peuvent se cacher derrière cette vitre impénétrable ? Impossible de le nier, le pigeon répugne et souvent, fait peur.

Et c’est cette petite bestiole insignifiante qui va bouleverser la vie d’un homme qui aura pourtant connu plusieurs guerres. Lui sur qui la vie glissait auparavant sans laisser de marque, lui dont l’existence est réglée comme un coucou suisse - qui est bien plus digne qu’un pigeon, soit dit en passant - lui qui s’apprête enfin à pouvoir prendre sa retraite au calme et sans accroc, voilà qu’il s’en trouve subitement partout où il passe, après avoir croisé le regard de ce pigeon.

Rien que de très banal, mais l’angoisse est telle qu’on pourrait se croire sur le pallier de l’antre de Stephen King. Un style simple, clair, des mots bien choisis pour décrire à la fois ce qu’il y a de plus insignifiant comme ce qu’il y a de plus troublant. A lire absolument pour qui se reconnaitra dans ce petit homme bien dans ses pompes et irréprochable mais plein de petites phobies quotidiennes. Un petit livre à lire en traversant Paris d’un bout à l’autre - à moins que vous n’ayez l’audace d’aller le feuilleter sur le banc d’un parc dans la capitale, en compagnie de ces fauteurs de trouble volatiles.

par Mrs.Krobb

Le Pigeon de Patrick Süskind
Littérature allemande (traduction par Bernard Lortholary)
Livre de poche, octobre 1988
3,60 euros

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